État du droit et des recommandations au 10 août 2026.
Un chirurgien-dentiste peut présenter son cabinet, ses pratiques et ses traitements sur internet. Depuis la réforme entrée en vigueur le 25 décembre 2020, la communication professionnelle n’est plus soumise à une interdiction générale de publicité. Elle reste toutefois encadrée par le Code de la santé publique, le secret professionnel, le RGPD et, depuis le 2 août 2026, certaines obligations du règlement européen sur l’intelligence artificielle.
La difficulté consiste moins à créer un site moderne qu’à éviter les codes du commerce classique : comparaisons entre praticiens, témoignages de patients, promotions, promesses de résultat, référencement prioritaire ou collecte excessive de données.
Avant de comparer des modèles de sites pour cabinets dentaires, des fonctionnalités ou des tarifs, voici les règles à connaître.
Résumé exécutif
Depuis le 25 décembre 2020, l’article R.4127-215-1 du Code de la santé publique reconnaît expressément que le chirurgien-dentiste est libre de communiquer au public « par tout moyen, y compris sur un site internet ».
Cette liberté n’est pas une autorisation de pratiquer un marketing sans limites. La communication doit rester :
- loyale, honnête et non trompeuse ;
- respectueuse de la dignité de la profession ;
- dépourvue de comparaison avec d’autres praticiens ou établissements ;
- sans témoignages de tiers ;
- sans incitation à des soins inutiles ;
- prudente et mesurée lorsqu’elle porte sur des informations scientifiques.
Le principe de non-commercialité demeure : selon l’article R.4127-215 du Code de la santé publique, « la profession de chirurgien-dentiste ne doit pas être pratiquée comme un commerce ».
Les conséquences pratiques sont importantes :
- Le site peut présenter le praticien, son équipe, le cabinet, ses équipements, ses horaires et ses actes habituels.
- Les traitements peuvent faire l’objet de pages pédagogiques si les informations sont scientifiquement étayées, prudentes et sans promesse.
- Seules trois spécialités odontologiques sont reconnues : l’orthopédie dento-faciale, la chirurgie orale et la médecine bucco-dentaire.
- L’implantologie, l’endodontie, la parodontologie ou l’odontologie pédiatrique peuvent être décrites comme des pratiques, mais ne doivent pas être transformées en spécialités inexistantes.
- Lorsqu’il présente son activité au public, le praticien doit informer sur ses honoraires, ses moyens de paiement et les informations réglementaires relatives à l’accès non discriminatoire aux soins.
- Les témoignages de patients ne doivent pas être intégrés au site. L’Ordre recommande également de ne pas utiliser de notes ou d’étoiles.
- Les photographies avant/après ne font pas l’objet d’une interdiction légale formulée en ces termes, mais l’Ordre les considère comme susceptibles de suggérer un résultat certain. Leur usage promotionnel est très risqué.
- Le SEO technique et éditorial reste possible, mais l’article R.4127-217 interdit d’obtenir un référencement numérique faisant apparaître prioritairement le praticien.
- Une annonce Google Search achetée pour apparaître avant les résultats naturels est, par interprétation prudente, très probablement incompatible avec cette interdiction. Le texte ne cite cependant aucune plateforme commerciale.
- Un site vitrine n’a pas automatiquement besoin d’un hébergement certifié HDS. La question se pose lorsque des données de santé relevant de l’article L.1111-8 sont hébergées pour le compte du cabinet.
- Les traceurs non nécessaires ne doivent pas être déposés avant consentement. Refuser les cookies doit être aussi simple que les accepter.
- Depuis le 2 août 2026, les chatbots, certains contenus automatisés et les images synthétiques doivent aussi être examinés au regard de l’AI Act.
Sommaire
- Comprendre la portée des règles
- Communiquer sans pratiquer la dentisterie comme un commerce
- Identité, qualifications et honoraires
- Traitements, contenus médicaux et Doctolib
- Témoignages, avis et images
- SEO, référencement local et publicité
- RGPD, cookies et HDS
- Intelligence artificielle et AI Act
- Checklist pratique
- Conclusion
- Avertissement juridique
- Sources officielles sélectionnées
Comprendre la portée des règles
Toutes les consignes applicables à un site dentaire n’ont pas la même valeur juridique. Cette distinction évite de présenter une recommandation prudente comme une interdiction légale absolue.
Obligation légale
Elle résulte d’une loi ou d’un règlement général, par exemple la LCEN pour l’identification de l’éditeur ou le RGPD pour le traitement des données personnelles.
Obligation déontologique réglementaire
Elle appartient au Code de déontologie des chirurgiens-dentistes, intégré au Code de la santé publique. Elle est juridiquement opposable et peut notamment fonder une procédure disciplinaire.
Recommandation ordinale
Elle provient du Conseil national de l’Ordre des chirurgiens-dentistes. Elle explicite l’application des textes sans créer, à elle seule, une nouvelle norme. Elle peut néanmoins être prise en considération par les juridictions ordinales ou par un juge.
Bonne pratique et interprétation
Une bonne pratique est une mesure de prudence, de sécurité ou de conformité qui n’est pas nécessairement imposée mot pour mot par un texte. Une interprétation concerne une situation que les textes et les sources institutionnelles ne tranchent pas directement, notamment certaines plateformes, techniques publicitaires ou intégrations récentes.
Le document professionnel de référence en 2026 est la version V-19.06.2026 des recommandations relatives à la communication professionnelle des chirurgiens-dentistes. L’Ordre précise lui-même que ces recommandations explicitent les règles existantes sans créer de nouvelles normes.
Communiquer sans pratiquer la dentisterie comme un commerce
Ce qui a changé depuis 2020
Pendant longtemps, le Code interdisait les « procédés directs ou indirects de publicité ». Cette ancienne rédaction est aujourd’hui abrogée.
Le changement résulte d’abord de l’arrêt CJUE, 4 mai 2017, C-339/15, Luc Vanderborght. La Cour de justice de l’Union européenne a jugé qu’une interdiction générale et absolue de la publicité pour les prestations dentaires était incompatible avec le droit de l’Union, tout en admettant des limitations proportionnées destinées à protéger la santé publique et la dignité de la profession.
Le Conseil d’État, le 6 novembre 2019, a appliqué cette jurisprudence au droit français. Le décret n°2020-1658 du 22 décembre 2020 a ensuite instauré le régime actuel, applicable depuis le 25 décembre 2020.
La bonne synthèse n’est donc ni « toute publicité est interdite », ni « le marketing dentaire est libre ». Le chirurgien-dentiste peut communiquer, mais dans le respect d’obligations déontologiques spécifiques.
Les formulations à privilégier
Une communication factuelle peut décrire :
- l’identité et le parcours du praticien ;
- les membres de l’équipe et leurs fonctions ;
- les horaires, l’adresse et les conditions d’accès ;
- les équipements effectivement disponibles ;
- les pratiques et actes habituellement réalisés ;
- les modalités de rendez-vous ;
- des informations pédagogiques sur la santé bucco-dentaire.
Exemple mesuré :
Cabinet dentaire à Lille proposant des soins de prévention, des soins conservateurs et une prise en charge implantaire lorsque celle-ci est indiquée.
À l’inverse, les superlatifs et les garanties exposent le praticien à un risque déontologique :
Meilleur dentiste de Lille, expert n°1 des implants, avec un résultat parfait garanti.
Cette phrase cumule comparaison, spécialité potentiellement inexistante, superlatif invérifiable et promesse thérapeutique.
La même prudence s’applique aux équipements. Il est possible d’indiquer qu’un scanner intra-oral est utilisé pour certaines empreintes numériques. Il serait trompeur d’affirmer qu’il s’agit du « scanner le plus avancé de France » ou qu’il garantit une précision inégalée.
L’Ordre cite également comme pratique problématique la présentation comme exceptionnelle d’une procédure de stérilisation qui correspond simplement aux exigences normales de l’exercice.
Promotions, cadeaux et jeux-concours
Les réductions limitées dans le temps, les packs, les soins offerts et les produits d’appel sont difficilement conciliables avec la non-commercialité de la profession. L’article R.4127-221 interdit notamment les ristournes en argent ou en nature.
Des messages comme « troisième couronne à moitié prix », « éclaircissement offert pour deux facettes » ou « promotion implant jusqu’à vendredi » doivent être écartés.
Aucun texte identifié ne dit littéralement que tout jeu-concours organisé par un chirurgien-dentiste est interdit. Un concours faisant gagner un soin cumulerait néanmoins une logique commerciale et une incitation à recevoir un acte qui pourrait ne pas être nécessaire. Il s’agit donc d’une interprétation prudente : pratique très risquée et à éviter, plutôt que d’une interdiction législative autonome.
Identité, qualifications et honoraires
Identifier l’éditeur et le professionnel
Depuis le 23 mai 2024, l’article 1-1 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique encadre les informations d’identification des éditeurs professionnels de services en ligne.
Les mentions doivent être adaptées à la forme d’exercice, personne physique ou personne morale, et identifier notamment :
- l’éditeur du site ;
- le directeur de publication ;
- l’hébergeur et ses coordonnées ;
- les moyens permettant de contacter le professionnel.
Pour une profession réglementée, l’article R.111-2 du Code de la consommation prévoit également la mise à disposition du titre professionnel, de l’État dans lequel il a été octroyé et, le cas échéant, du nom de l’ordre ou de l’organisme professionnel auprès duquel le praticien est inscrit.
Le numéro RPPS peut utilement figurer sur le site et sa présentation est admise par l’Ordre. En revanche, les textes consultés n’établissent pas une obligation générale autonome d’afficher le RPPS sur tout site de chirurgien-dentiste. Il convient donc de le présenter comme une information recommandée, non comme une exigence universelle propre au site internet.
Les horaires, les conditions d’accès, l’accessibilité et les consignes relatives aux urgences sont également utiles. Aucune obligation générale imposant une page « Urgences » à tous les cabinets n’a toutefois été identifiée. Si une telle page existe, ses indications doivent rester exactes et adaptées à l’organisation locale de la permanence des soins.
Spécialité, diplôme ou pratique : choisir le bon mot
En 2026, trois spécialités odontologiques sont reconnues :
- l’orthopédie dento-faciale ;
- la chirurgie orale ;
- la médecine bucco-dentaire.
Un praticien peut présenter ses diplômes, ses formations, ses fonctions et son expérience lorsque ces informations sont exactes et vérifiables. Une formation complémentaire ne doit cependant pas être présentée de façon à créer une spécialité qui n’existe pas.
L’implantologie, l’endodontie, la parodontologie et l’odontologie pédiatrique peuvent être décrites comme des pratiques professionnelles ou des orientations de pratique. Le site doit rendre cette distinction intelligible.
Formulation prudente :
Le Dr Martin, chirurgien-dentiste, oriente une partie de sa pratique vers l’implantologie et la chirurgie pré-implantaire.
Formulation à éviter sans titre reconnu correspondant :
Dr Martin, spécialiste en implantologie et expert n°1 à Lyon.
Cette vigilance doit s’appliquer partout : page d’accueil, biographie, balisage Schema.org, fiche d’établissement, titres SEO et profils sociaux. Une spécialité inexistante ne devient pas exacte parce qu’elle est placée dans des données structurées plutôt que dans le texte visible.
Pour approfondir la structuration d’une présence professionnelle adaptée au secteur, consultez notre approche de l’expertise dentaire.
Honoraires et moyens de paiement
L’article R.4127-240 du Code de la santé publique contient une obligation particulièrement concrète. Lorsqu’un chirurgien-dentiste présente son activité au public, notamment sur internet, il doit inclure des informations relatives :
- aux honoraires pratiqués ;
- aux modes de paiement acceptés ;
- aux obligations réglementaires concernant l’accès aux soins sans discrimination.
Les informations tarifaires doivent être claires, honnêtes, précises et non comparatives. L’Ordre recommande une présentation intelligible de plusieurs actes fréquemment pratiqués plutôt qu’une reproduction exhaustive et difficilement lisible de la CCAM.
Une formulation possible serait :
Les principaux honoraires et fourchettes applicables au cabinet sont présentés ci-dessous. Lorsqu’un devis préalable est requis, il est remis avant la réalisation du traitement. Moyens de paiement acceptés : carte bancaire, chèque et espèces dans les limites légales.
Les tarifs doivent correspondre à la pratique réelle du cabinet et être tenus à jour. Ils ne doivent pas être transformés en promotions, prix d’appel ou comparaison avec les confrères.
Traitements, contenus médicaux et Doctolib
Présenter les traitements est autorisé
L’article R.4127-215-1 autorise la diffusion d’informations scientifiquement étayées sur la discipline et les enjeux de santé publique, sous réserve de prudence et de mesure.
Un site peut donc proposer des pages consacrées à la prévention, aux soins conservateurs, à la parodontologie, à l’endodontie, aux prothèses ou aux implants. Ces pages doivent expliquer plutôt que convaincre à tout prix.
Exemple approprié :
Un implant dentaire peut être envisagé dans certaines situations de remplacement d’une dent absente. Une consultation et un bilan individuel sont nécessaires pour déterminer si cette solution est indiquée et pour en présenter les alternatives, les bénéfices et les risques.
Exemple à éviter :
Retrouvez un sourire parfait, sans douleur et garanti grâce à nos implants.
Aucun contenu général ne remplace une consultation. Les indications, contre-indications, bénéfices et risques dépendent de la situation clinique. Le site doit éviter les diagnostics implicites, les résultats garantis et les affirmations absolues telles que « sans risque » ou « convient à tout le monde ».
Une stratégie éditoriale peut également soutenir le référencement d’un cabinet dentaire, à condition que l’utilité médicale, l’exactitude et la mesure restent prioritaires.
Bouton de rendez-vous et plateforme tierce
L’Ordre reconnaît les modalités de prise de rendez-vous parmi les informations utiles au public. Un bouton « Prendre rendez-vous en ligne » est donc cohérent avec la présentation du fonctionnement du cabinet.
L’article R.4127-225 interdit toutefois au chirurgien-dentiste de faire de la publicité pour un tiers ou une entreprise commerciale. Les sources officielles consultées ne tranchent pas expressément le cas d’un lien neutre vers Doctolib ou une autre plateforme.
La qualification correcte est donc : interprétation, point non tranché spécifiquement.
Une intégration strictement fonctionnelle et neutre est plus défendable qu’une valorisation commerciale de la plateforme : « Prendre rendez-vous en ligne » est préférable à « Réservez sur Doctolib, la meilleure plateforme de rendez-vous ».
Le nom de la plateforme peut devoir apparaître pour informer correctement l’utilisateur ou assurer l’accessibilité du lien. L’enjeu est de ne pas transformer un outil de rendez-vous en publicité pour l’entreprise tierce.
Témoignages, avis et images
Témoignages et avis Google
L’article R.4127-215-1 dispose que la communication professionnelle du chirurgien-dentiste ne doit pas faire appel à des témoignages de tiers.
Un verbatim patient, une vidéo de satisfaction, un carrousel d’avis Google ou une rubrique « Ils nous font confiance » devient un élément de communication contrôlé par le cabinet. Ce type de contenu doit être écarté.
Pour les étoiles et la note moyenne, la distinction juridique est importante : l’article ne contient pas le mot « notation ». C’est l’ONCD qui recommande en 2026 qu’une communication loyale et honnête ne fasse appel ni aux témoignages ni aux notations.
En pratique :
- L’exclusion des témoignages de tiers repose sur une obligation déontologique réglementaire.
- L’absence d’étoiles et de note moyenne correspond à une recommandation ordinale forte.
- Un avis publié spontanément sur une plateforme tierce n’est pas automatiquement une publication du cabinet.
- Réutiliser cet avis sur le site, dans une publicité ou sur un réseau social le transforme en contenu de communication du praticien.
La sollicitation d’avis est moins clairement tranchée. Aucune disposition identifiée n’interdit de façon générale toute demande neutre, sans contrepartie et adressée sans sélection. En revanche, demander un avis uniquement aux patients satisfaits, offrir un avantage ou pratiquer le review gating augmente fortement le risque de communication manipulée et de commercialisation de la profession.
Répondre publiquement sans violer le secret
L’article R.4127-206 du Code de la santé publique impose le secret professionnel. Celui-ci couvre non seulement les informations confiées au praticien, mais aussi ce qu’il a vu, entendu ou compris dans l’exercice de sa profession.
L’ONCD considère comme problématique la réponse à un avis nominatif et identifiable d’un patient. Le fait qu’une personne révèle elle-même son traitement sur Google ne libère pas le praticien de son secret.
Il faut donc proscrire les réponses telles que :
Madame Dupont, vous êtes venue le 14 mars pour votre implant et nous vous avions expliqué les complications possibles.
La prudence maximale consiste à ne pas répondre nominativement. Si une réponse paraît nécessaire, elle doit rester strictement générale et ne confirmer ni la relation de soins ni l’existence d’un dossier :
Pour des raisons de confidentialité, le cabinet ne commente aucune situation individuelle sur une plateforme publique. Notre secrétariat reste disponible par les canaux habituels.
Cette formulation réduit le risque de divulgation, sans lever toutes les réserves ordinales concernant les réponses à des avis identifiables.
Photographies, cas cliniques et avant/après
Les photographies du praticien, de l’équipe, des locaux et des équipements sont autorisées lorsqu’elles sont fidèles. Pour les membres de l’équipe, une autorisation claire d’utilisation de l’image constitue une bonne pratique.
Les images de patients obéissent à un niveau de protection supérieur. Deux questions distinctes doivent être traitées :
- Le droit à l’image et le consentement à la diffusion.
- Le secret professionnel et l’impossibilité d’identifier une personne prise en charge.
Un formulaire de consentement à la publication ne suffit pas à neutraliser le secret professionnel. L’ONCD adopte une position protectrice : un patient filmé au cabinet ne devrait pas être identifiable, même s’il a accepté la diffusion.
Les radiographies, photographies intra-orales, scans et captures de logiciels doivent être débarrassés des noms, identifiants, dates et éléments contextuels susceptibles de permettre une réidentification.
Les photographies avant/après exigent une formulation nuancée. Aucun article du Code de la santé publique consulté ne proclame que toute photographie avant/après est interdite. L’ONCD estime néanmoins qu’elles tendent à suggérer un résultat positif certain. Elles cumulent en outre des risques liés au secret, à l’identification et au caractère trompeur de la présentation.
La qualification la plus exacte est donc : recommandation ordinale très défavorable et pratique promotionnelle à éviter.
Un cas clinique réellement pédagogique, anonymisé, contextualisé et sans présentation du résultat comme typique ou garanti est différent d’une galerie commerciale de « transformations de sourire ». Il doit néanmoins rester scientifiquement justifié et respecter l’ensemble des règles applicables.
SEO, référencement local et publicité
Le SEO n’est pas interdit en tant que tel
Un site peut être rapide, accessible, adapté aux mobiles et correctement structuré. Il peut utiliser des titres descriptifs, un sitemap, des liens internes et des données structurées exactes. Il peut publier des contenus locaux utiles et des informations médicales de qualité.
Ces opérations améliorent l’indexabilité et la compréhension du site. Elles ne sont pas, par nature, interdites. Notre page consacrée au référencement pour dentistes présente cette approche, tandis que le guide Google, ChatGPT et moteurs IA en 2026 en détaille les applications techniques et éditoriales.
Une fiche Google Business Profile factuelle peut présenter l’identité, l’adresse, les horaires, les coordonnées et une spécialité réellement reconnue. Le balisage Schema.org peut reprendre les mêmes informations. Il faut en revanche éviter d’y introduire une spécialité inexistante ou un AggregateRating destiné à mettre en avant des notes et témoignages.
La limite du référencement prioritaire
L’article R.4127-217 interdit au chirurgien-dentiste d’obtenir, « contre paiement ou par tout autre moyen », un référencement numérique faisant apparaître prioritairement l’information le concernant dans les résultats d’une recherche.
L’ONCD précise en 2026 que le référencement numérique prioritaire est proscrit, qu’il soit payant ou non.
Cette règle crée une frontière délicate :
- Améliorer la qualité, l’accessibilité et l’indexabilité du site est défendable.
- Publier une page locale utile pour un cabinet réellement établi dans la ville est défendable.
- Créer des centaines de pages artificielles « dentiste + ville » sans implantation ni contenu utile présente un risque élevé.
- Acheter des liens dans le but de forcer un classement prioritaire est risqué.
- Promettre contractuellement la première position doit être évité.
Un site de qualité peut naturellement arriver en première position. Ce résultat n’est pas identique à l’achat ou à l’organisation d’un procédé dont l’objet est d’obtenir une priorité. Aucun seuil technique précis ni jurisprudence publiée fournissant une grille complète n’a toutefois été identifié en 2026.
Il faut donc présenter cette frontière comme une interprétation prudente du texte, et non comme une doctrine jurisprudentielle parfaitement stabilisée.
Une promesse telle que « améliorer la visibilité, l’indexabilité et la qualité de votre présence locale » est plus prudente que « devenir numéro un devant tous les autres dentistes ».
Google Search Ads et autres publicités
Aucun article ne cite Google Ads. Toutefois, payer pour faire apparaître une annonce prioritairement dans les résultats d’une recherche comme « dentiste Lyon » réunit directement les éléments matériels visés par R.4127-217 : paiement, référencement numérique et priorité.
La conclusion prudente est donc la suivante : une campagne Google Search achetée pour obtenir une position prioritaire est très probablement incompatible avec R.4127-217 et devrait être écartée en l’absence de position officielle contraire. Il s’agit d’une application du texte à une technique, et non d’une interdiction nommant expressément Google.
Une publicité diffusée dans un fil Facebook ou Instagram n’est pas, en elle-même, un référencement dans un moteur de recherche. Aucune interdiction générale propre aux Meta Ads n’a été identifiée. La campagne reste néanmoins soumise à toutes les règles de communication professionnelle.
Une annonce factuelle indiquant l’adresse et les modalités de rendez-vous est très différente d’une offre promotionnelle pour des facettes avec remise limitée dans le temps.
Les collaborations avec des influenceurs sont particulièrement sensibles. Depuis le 1er juillet 2026, la loi sur l’influence commerciale comporte notamment des restrictions relatives à la promotion de certains actes, procédés ou techniques à visée esthétique présentant des risques pour la santé. Une vidéo rémunérée dans laquelle un patient vante son traitement et invite à prendre rendez-vous avec un code promotionnel soulèverait, au minimum, le problème du témoignage de tiers.
RGPD, cookies et HDS
Toutes les données d’un site dentaire ne sont pas des données de santé
Le RGPD impose des principes de licéité, de transparence, de minimisation, de limitation des finalités et de la conservation, de sécurité et de responsabilité. Les données de santé appartiennent aux catégories particulières de données visées par son article 9.
Selon la CNIL, une information peut devenir une donnée de santé :
- par sa nature ;
- par le croisement d’informations permettant de tirer une conclusion sur l’état de santé ;
- par sa destination ou le contexte dans lequel elle est utilisée.
Un nom et une adresse électronique ne sont pas automatiquement des données médicales par nature. En revanche, l’information selon laquelle une personne demande un rendez-vous pour une parodontite ou transmet une radiographie révèle une situation de santé.
Un formulaire administratif devrait donc limiter les champs au strict nécessaire, par exemple :
- nom ;
- moyen de contact ;
- message administratif si nécessaire ;
- information RGPD directement accessible.
Lorsqu’une infrastructure n’est pas prévue pour les échanges cliniques, il est prudent d’indiquer :
Pour votre sécurité et votre confidentialité, ne transmettez pas de radiographie, de diagnostic ou d’information médicale sensible par ce formulaire.
Cette phrase constitue une bonne pratique ; elle n’est pas prescrite littéralement par le RGPD.
Un formulaire demandant des symptômes, des antécédents, un motif clinique détaillé ou des documents médicaux nécessite une analyse plus approfondie : bases juridiques au titre des articles 6 et 9, sécurité, durées de conservation, destinataires, sous-traitants et éventuelle application de HDS.
Information des personnes et mentions légales
Les mentions légales LCEN et l’information RGPD remplissent des fonctions différentes.
Les premières identifient notamment l’éditeur, le directeur de publication et l’hébergeur. Les secondes doivent expliquer les traitements réellement réalisés : responsable, finalités, bases juridiques, destinataires, durées, droits, transferts éventuels et modalités de contact.
Le RGPD n’impose pas un document portant littéralement le titre « Politique de confidentialité ». Une page dédiée est néanmoins un moyen pratique de réunir les informations exigées. Son contenu doit correspondre au fonctionnement réel du site : copier une politique générique ne suffit pas.
Des conditions générales de vente ne sont pas automatiquement requises pour un simple site vitrine. Elles peuvent devenir pertinentes si une prestation ou un produit distinct est effectivement vendu en ligne.
De même, le régime général de médiation de la consommation ne s’applique pas automatiquement aux soins. L’article L.611-4 du Code de la consommation exclut les services de santé fournis par des professionnels de santé pour évaluer, maintenir ou rétablir l’état de santé. Une activité commerciale distincte devrait faire l’objet d’une analyse séparée.
Cookies, analytics et contenus externes
La FAQ de la CNIL sur les cookies a été actualisée le 29 avril 2026. Les traceurs non strictement nécessaires ne doivent pas être déposés avant le consentement de l’utilisateur.
Le refus doit être aussi simple que l’acceptation. Le modèle le plus clair présente au même niveau :
- Tout accepter ;
- Tout refuser ;
- Personnaliser.
Le retrait du consentement doit également rester simple. Une page expliquant les cookies ne suffit pas si les traceurs sont techniquement chargés avant le choix de l’utilisateur.
Certaines solutions de mesure d’audience peuvent être exemptées de consentement lorsqu’elles satisfont aux conditions strictes de la CNIL : finalité limitée à la mesure pour le compte de l’éditeur, statistiques anonymes, absence de suivi global entre plusieurs sites et absence de réutilisation incompatible.
Il est donc aussi incorrect d’affirmer que toute mesure d’audience exige toujours un consentement que de considérer n’importe quel outil d’analytics comme automatiquement exempté. La solution et sa configuration effectives doivent être examinées.
Les vidéos YouTube, cartes et autres contenus externes doivent suivre la même logique fonctionnelle. Si l’intégration déclenche des traceurs soumis au consentement, elle ne doit pas être chargée avant l’accord. Une vignette « Activer la vidéo » peut servir de mécanisme d’activation contextuelle.
Cela ne signifie pas que toute carte Google exige systématiquement une bannière : la conclusion dépend des opérations réellement réalisées par l’intégration.
Pixels publicitaires
Les pixels de ciblage publicitaire sont particulièrement sensibles dans un environnement de santé. Ils nécessitent généralement un consentement préalable et les traitements ultérieurs doivent disposer d’une base juridique appropriée.
Le risque augmente lorsqu’un signal permet d’inférer une situation médicale, par exemple lorsqu’un utilisateur identifiable consulte une page sur la parodontite puis prend rendez-vous.
En janvier 2026, la CNIL a annoncé une sanction de 3,5 millions d’euros concernant la transmission de données personnelles à un réseau social à des fins de publicité ciblée sans consentement valable. Pour un cabinet dentaire, l’absence de traceurs publicitaires sur les parcours cliniques et de rendez-vous constitue une position prudente.
Quand HDS s’applique-t-il ?
L’article L.1111-8 du Code de la santé publique encadre l’hébergement de données de santé à caractère personnel recueillies à l’occasion d’activités de prévention, de diagnostic, de soins ou de suivi, lorsqu’elles sont hébergées pour le compte des acteurs concernés ou de la personne prise en charge.
Pour l’hébergement numérique entrant dans ce champ, l’hébergeur doit disposer de la certification applicable. L’Agence du Numérique en Santé constitue la référence institutionnelle en matière de certification HDS.
Il faut distinguer trois situations :
Site vitrine sans collecte clinique. Des pages présentant le cabinet, ses horaires et ses traitements ne nécessitent pas HDS du seul fait qu’elles concernent un chirurgien-dentiste.
Formulaire administratif minimal. HDS n’est pas automatiquement exigé à cause du nom de domaine ou de la profession de l’éditeur. La nature des informations, leur contexte et l’organisation de l’hébergement doivent être examinés.
Portail ou formulaire clinique. Le stockage, pour le compte du cabinet, de radiographies, questionnaires médicaux, symptômes ou données de diagnostic fait directement entrer la question HDS dans l’analyse.
HDS et RGPD ne sont pas synonymes. Le RGPD encadre largement les traitements de données personnelles ; HDS est une exigence sectorielle d’hébergement dans son périmètre propre.
Intelligence artificielle et AI Act
Depuis le 2 août 2026, certaines obligations de transparence de l’article 50 du règlement (UE) 2024/1689, dit AI Act, sont applicables.
Chatbots
Pour un système destiné à interagir directement avec une personne, l’article 50 impose au fournisseur de concevoir le système de manière que l’utilisateur soit informé qu’il interagit avec une IA, sauf si cela est évident.
Lorsqu’un cabinet déploie l’outil d’un tiers, cette obligation du fournisseur ne doit pas être artificiellement présentée comme une obligation identique du déployeur. En pratique, le cabinet doit néanmoins vérifier que l’information est effectivement fournie et que l’interface ne trompe pas l’utilisateur.
Un usage prudent serait limité aux questions pratiques :
Assistant automatisé : il peut répondre aux questions générales sur les horaires, l’accès et le fonctionnement du cabinet. Pour toute question médicale individuelle, contactez l’équipe soignante.
Un outil invitant l’utilisateur à décrire une douleur afin de lui fournir un diagnostic ou de choisir un traitement soulève des enjeux beaucoup plus larges : données de santé, responsabilité clinique, réglementation des dispositifs médicaux et AI Act.
Textes et images générés
Pour certains textes générés par IA et destinés à informer le public sur des questions d’intérêt public, l’article 50 prévoit des règles de transparence, avec notamment une exception lorsque le contenu a fait l’objet d’un contrôle humain ou éditorial et qu’une personne en assume la responsabilité éditoriale.
Pour un contenu de santé bucco-dentaire, le processus prudent reste :
génération assistée → relecture professionnelle → vérification des sources → validation → publication.
Les images manipulées constituant des deepfakes peuvent également être soumises à une obligation de signalement par le déployeur. Même lorsqu’une image ne relève pas techniquement de cette qualification, les règles déontologiques interdisent qu’elle trompe le public.
Une illustration générée peut servir d’illustration. Une salle futuriste fictive ne doit pas être présentée comme une photographie du cabinet réel.
Pour une analyse plus détaillée de ces usages, consultez notre dossier sur l’intelligence artificielle appliquée aux sites de dentistes.
Checklist pratique avant publication
Pour transformer ces principes en contrôles concrets, utilisez aussi notre checklist 2026 complète pour vérifier le site du cabinet. Elle couvre les informations professionnelles, le parcours patient, la technique et la maintenance.
À vérifier avec le conseil départemental de l’Ordre et les professionnels compétents selon votre situation
- L’éditeur, le directeur de publication et l’hébergeur sont identifiés.
- Le titre professionnel et l’Ordre compétent sont indiqués correctement.
- Les diplômes, spécialités et pratiques sont distingués sans ambiguïté.
- Le mot « spécialiste » n’est utilisé que pour une spécialité reconnue et réellement détenue.
- Les honoraires, moyens de paiement et informations réglementaires associées sont accessibles et à jour.
- Les pages de traitements sont prudentes, étayées et sans garantie de résultat.
- Le site ne contient ni comparaison avec des confrères, ni promotion, ni incitation à un soin inutile.
- Aucun témoignage patient, carrousel d’avis ou verbatim n’est réutilisé.
- Les notes et étoiles ne sont pas mises en avant, conformément à la recommandation ordinale.
- Les photographies de patients et cas cliniques sont réellement anonymisés.
- Les avant/après promotionnels sont écartés.
- Le bouton de rendez-vous reste fonctionnel et neutre vis-à-vis de la plateforme tierce.
- Le référencement est présenté comme un travail de qualité et d’indexabilité, sans promesse de priorité.
- Les formulaires ne collectent que les données nécessaires.
- L’information RGPD correspond aux traitements réellement réalisés.
- Les traceurs non nécessaires sont bloqués avant consentement.
- « Tout refuser » est aussi accessible que « Tout accepter ».
- L’application éventuelle de HDS a été analysée pour les flux cliniques.
- Les contenus médicaux assistés par IA font l’objet d’une validation humaine.
- Les interfaces automatisées et images synthétiques ne trompent pas l’utilisateur.
Conclusion
En 2026, un chirurgien-dentiste peut disposer d’un site complet, pédagogique, bien structuré et visible. Il peut présenter son équipe, ses pratiques, ses équipements et les traitements habituellement réalisés. Il peut aussi améliorer la qualité technique de son site et publier des informations locales utiles.
Cette liberté reste indissociable de cinq principes :
- ne pas pratiquer la profession comme un commerce ;
- communiquer de façon loyale, honnête et non trompeuse ;
- distinguer précisément spécialités, diplômes et pratiques ;
- protéger le secret professionnel et les données personnelles ;
- informer sans promettre, comparer ou provoquer la consommation d’un soin.
Les risques les plus fréquents ne viennent pas nécessairement de la présence d’un site, mais de fonctionnalités empruntées sans adaptation au commerce en ligne : témoignages, étoiles, promotions, retargeting, promesse de première position, formulaires médicaux ordinaires ou contenus automatisés non vérifiés.
Le bon objectif n’est donc pas de promettre une conformité absolue, indépendante des contenus et des usages. Il est de concevoir une présence numérique sobre, exacte et révisable, puis de faire valider les situations sensibles selon le contexte du cabinet.
Avertissement juridique
Cet article fournit une information générale sur les textes et recommandations disponibles au 10 août 2026. Il ne constitue ni un avis juridique individualisé, ni une validation par le Conseil national ou un conseil départemental de l’Ordre des chirurgiens-dentistes.
La conformité dépend notamment de la forme d’exercice, des qualifications du praticien, des contenus publiés, des fonctionnalités activées, des prestataires, des contrats et des traitements de données réellement mis en œuvre. En cas de doute, sollicitez le conseil départemental de l’Ordre, un avocat ou un délégué à la protection des données compétent.
Sources officielles sélectionnées
- ONCD, Communication professionnelle des chirurgiens-dentistes — Recommandations et explicitations, version V-19.06.2026
- Code de la santé publique, article R.4127-215 : non-commercialité de la profession
- Code de la santé publique, article R.4127-215-1 : liberté et limites de la communication
- Code de la santé publique, article R.4127-217 : annuaires et référencement prioritaire
- Code de la santé publique, article R.4127-221 : ristournes et avantages
- Code de la santé publique, article R.4127-225 : publicité pour un tiers
- Code de la santé publique, article R.4127-240 : honoraires et information du public
- Code de la santé publique, article R.4127-206 : secret professionnel
- Code de la santé publique, article L.1111-8 : hébergement de données de santé
- Conseil d’État, décision n°420225 du 6 novembre 2019
- LCEN, loi n°2004-575 : identification des éditeurs professionnels
- Code de la consommation, article R.111-2 : information sur les professions réglementées
- Code de la consommation, article L.611-4 : exclusion des services de santé du régime général de médiation
- CNIL, Qu’est-ce qu’une donnée de santé ?
- CNIL, FAQ sur les cookies et autres traceurs, mise à jour du 29 avril 2026
- CNIL, solutions pour les outils de mesure d’audience
- CNIL, sanction relative à des données transmises à un réseau social, 22 janvier 2026
- Agence du Numérique en Santé, certification HDS
- Règlement général sur la protection des données, règlement (UE) 2016/679
- Règlement européen sur l’intelligence artificielle, règlement (UE) 2024/1689
- Loi n°2023-451 encadrant l’influence commerciale, article 4